Librairie et désertion de centre-ville

Librairie et désertion de centre-ville


Cela fait quelque temps déjà que l’on s’entend prédire la fin du livre papier, mais en France le mouvement tarde à se mettre en place et l’on finit par se dire que, finalement, le livre restera un outil ancré dans nos quotidiens pour encore quelques décennies. Mais quand je suis retombée sur une émission France-Inter de 2015, alertant de la dangereuse chute du nombre de commerce et par incidence, de la désertion progressive des centres villes en France (les villes de moins de 50 000 habitants étant les plus durement touchées par le phénomène), je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec une ville que je connais bien : Nevers, et un commerce que je connais bien également : les librairies Le Cyprès et Jean de la Lune.

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Nevers compte 34 841 habitants, son centre ville, loin d’être fantomatique, n’est cependant pas des plus vivants, et pour trouver un commerce indépendant, il faut chercher un peu.

Au départ c’est une histoire trop fréquente : une libraire tirant le diable par la queue pendant des années, qui souhaite trouver un repreneur mais celui-ci tarde à se faire connaître. Sur le point de jeter l’éponge et de laisser fermer l’une des dernières librairies indépendantes du centre ville, Wilfrid Séjeau, élu écologiste au Conseil régional de Bourgogne et originaire de la Nièvre, eut vent de la situation. C’était il y 8 ans. C’est donc à à peine trente ans qu’il se décida à lancer un crowdfunding (un financement participatif) qui rapporta plus de 100 000 euros. C’est non seulement l’apport financier nécessaire pour relancer la librairie qui fut obtenu mais c’est surtout la création d’un groupe de partenaires soudés, ne cherchant pas le profit. En effet, chaque année, lors de la réunion des actionnaires, deux choix sont possibles : réinvestir dans la librairie ou répartir les dividendes. Jusqu’à présent c’est de réinvestir qui a été décidé à chaque fois.

La librairie tient bon et fait même mieux : quelques années après la reprise de la première et en réutilisant le crowdfunding, il reprend la librairie Jeunesse Jean de la Lune. Même l’ouverture d’une Fnac en centre-ville en 2015 n’y change rien, c’est désormais sept personnes qui vivent de ces deux commerces. Lors de ma rencontre avec Wilfrid, celui-ci reste humble et ne parle pas de recette magique : cela était et reste encore un pari. Une entreprise qui demande du temps et de l’énergie mais surtout de l’ouverture et de la confiance. Un lien de confiance tissé d’une part entre les « actionnaires », et d’autre part, avec les habitants qui trouveront toujours, quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses, les ouvrages qu’ils cherchent.

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