À glisser sous le sapin #3 : Le Chardonneret (Donna Tartt)

À glisser sous le sapin #3 : Le Chardonneret (Donna Tartt)


“Her death the dividing mark: Before and After.”

Théo n’a que treize ans quand sa vie est brutalement détruite dans une explosion qui emporte sa mère et avec elle, lui semble-t-il, le monde entier. Sous les décombres et la poussière, il découvre une petite toile, la peinture d’un oiseau captif qui va prendre pour lui une importance considérable. À travers les années de solitude et de chaos, de New-York à Amsterdam en passant par les déserts de Las Vegas, Théo va s’accrocher au Chardonneret de toutes ses forces, jusqu’à risquer de se perdre définitivement…

Le Chardonneret est un roman qui commence (presque) par la fin ; une technique littéraire dans laquelle l’autrice excelle et qui n’entame en rien la qualité de l’intrigue. Au contraire, avec cette plongée immédiate dans la réalité du narrateur, elle nous captive dès les premières pages et très vite, une question s’impose : Comment en est-il arrivé là ? Le texte, d’une richesse incroyable, s’apparente autant au thriller qu’au roman d’initiation. Le drame initial va entraîner une succession de voyages, de rencontres et de découvertes qui vont amener Théo à se confronter incessamment à lui-même. 

J’ai été particulièrement touchée par la franchise désarmante avec laquelle le narrateur raconte son histoire. Le récit de la perte est assourdissant, dévastateur, mais jamais il n’amène à s’apitoyer sur le personnage, encore moins à le glorifier. C’est pour moi la vraie beauté du récit. Donna Tartt dessine des êtres profondément humains, criblés de défauts et de regrets, qui font des erreurs et prennent des mauvaises décisions mais qui, surtout, expriment tant bien que mal l’amour qu’ils ont encore la force de donner. Dans ce livre, elle raconte le deuil, la culpabilité, l’importance de pardonner – aux autres, à soi-même. Avec justesse, elle raconte la complexité humaine.

Cette histoire est fondamentalement chaotique et bouleversante car c’est celle d’un garçon qui doit se reconstruire à l’âge où l’on se construit. C’est une histoire de résiliences — au pluriel, car Théo n’est pas le seul à lutter pour surmonter un traumatisme. Au sens propre comme au figuré, ce roman est immense. Mais ne vous laissez pas impressionner par l’épaisseur du livre ; vous ne parviendrez pas à le lâcher. 

La traduction française du Chardonneret est parue en 2014 aux éditions Plon (collection « Feux croisés »). Cette même année, le roman a reçu le prix Pulitzer, qui récompense les œuvres de fiction américaines (et a notamment été attribué à Ernest Hemingway, Harper Lee, William Faulkner ou encore Toni Morrison). En 2019, il a été adapté au cinéma mais, n’ayant pas vu le film, je ne peux pas vous le conseiller personnellement. En revanche, je peux absolument vous recommander Le Maître des illusions (The Secret History), le premier roman de l’autrice, paru en 1991. Et si vous êtes à l’aise avec l’anglais, je ne peux que vous encourager à les découvrir dans leur langue d’origine. 

Environ dix années s’écoulent entre chaque roman de Donna Tartt. Il nous reste à espérer que pour cette décennie, entamée de façon plutôt désastreuse, l’écrivaine nous offre une nouvelle œuvre d’art aussi magistrale que les précédentes. Car les mots de Nietzsche, cités en ouverture de l’ultime partie du Chardonneret, résonnent toujours avec force : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. »  

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